La plupart des chefs d'entreprise et des gestionnaires connaissent le risque de taux d'intérêt. Si leur endettement est élevé et que les taux d'intérêt montent, des liquidités additionnelles sont nécessaires pour assurer le service de la dette, ce qui peut constituer une menace pour la stabilité de l'entreprise. Voilà pourquoi de nombreux gestionnaires préfèrent «geler» les taux d'intérêt chaque fois qu'ils le peuvent et, du même coup, contrer le risque qui en découle.
Si vous gérez déjà ce type de risque, vous ne devriez pas avoir de difficulté à établir une stratégie de change, car le principe est le même. Imaginons qu'un client américain vous doit 500 000 $, payables à 90 jours. Entre-temps, toute hausse d'un cent du dollar canadien aura un effet négatif de 5 000 $ sur votre créance. Le prix de revient des biens et services qui constituent cette créance étant probablement fixe, la perte diminuera votre marge de profit (et sortira directement de votre poche).
Imaginez que vous pouvez éliminer le risque de change pendant un certain temps comme vous le faites avec le taux d'intérêt d'un prêt. Vous pourriez contrer ce risque et protéger votre marge de profit. C'est à cela que servent les instruments spécialisés du marché des changes.
Certains instruments ouvrent même la porte à d'éventuels gains sur change. La même créance de 500 000 $ de votre client américain pourrait s'apprécier de 5 000 $ pour chaque cent de baisse du dollar canadien pendant les 90 jours que dure la facilité de paiement. Le gain s'ajoutera directement à votre marge de profit (et entrera dans votre poche).
Vous avez le droit de dire : «Je ne suis pas cambiste. Je n'ai ni l'expérience ni le temps nécessaire. Ce n'est pas ce qu'attendent de moi mes associés et mes actionnaires». C'est une attitude prudente, de l'aveu même des spécialistes. Et pourtant, si votre société achète ou vend hors du Canada, vous évoluez déjà sur le marché des changes que vous le vouliez ou non. Si ce n'est déjà fait, il est probable que votre entreprise aurait intérêt à établir une stratégie de change en s'inspirant du processus en cinq étapes exposé ci-après.
Étape 1 : Déterminez votre degré d'exposition au risque de change
La première priorité devrait être de protéger votre entreprise contre le risque de perte. Commencez par identifier tous les secteurs où se manifeste le risque de change dans votre firme (demandez l'aide d'un comptable au besoin). Par exemple :
Ventes et stocks
Ce sont, de loin, les postes les plus sensibles au risque de change, surtout chez l'exportateur ou l'importateur qui a toujours des opérations internationales en cours.
Biens d'équipement
Certaines entreprises achètent des biens de valeur à l'étranger. L'Allemagne et le Japon, par exemple, sont de grands exportateurs de matériel d'imprimerie. Le prix convenu pour un bien coûteux pourrait augmenter considérablement si le taux de change évolue défavorablement avant la date de livraison. Il y a gros à parier que le fournisseur ne baissera pas son prix pour vous aider à absorber la perte.
Approvisionnements et services
La sous-traitance gagnant en popularité, l'exploitation d'une entreprise peut abriter plusieurs îlots de risque de change. La vente en gros en est un bon exemple. Une société peut confier à un sous-traitant américain l'entreposage et la distribution de ses produits aux États-Unis. De tels services sont vitaux et se paient en dollars US. Passez au crible l'ensemble des services d'exploitation télécommunications, frais de déplacement, honoraires.
Frais de financement et de crédit-bail
Il arrive, plus rarement, qu'une société ait recours à un mode de financement dont les intérêts sont payables en devises étrangères. Scénario plus fréquent, un vendeur étranger propose de financer un bien d'équipement par le biais d'un crédit-bail.
Paie
Si vous exploitez une usine ou une succursale de vente ou de service à l'étranger, vous payez certainement vos employés dans la monnaie du pays. Il en irait de même des commissions sur vente que vous paieriez à un agent indépendant.
Paiements aux actionnaires
Certaines entreprises, notamment les firmes de haute technologie qui ont des besoins de financement considérables, veulent être cotées en bourse aux États-Unis, ex. NASDAQ. Les actionnaires étrangers s'attendent à recevoir leurs dividendes dans la monnaie de leur pays.
Lessions entre sociétés affiliées
Les cessions («achats» ou «ventes») entre des sociétés affiliées qui sont établies dans des pays différents donnent lieu à des opérations de change. Autrefois, les entreprises se servaient du prix de cession pour minimiser l'impôt. De nos jours, les autorités de nombreux pays, dont le Canada et les États-Unis, tiennent les entreprises responsables de leur politique de prix de cession. Ces opérations peuvent créer un risque de change, ces changements aux politiques existantes pouvant influer sur le risque de change de ces entreprises.
Étape 2 : Quantifiez le risque de fluctuation des taux de change
Après avoir identifié la source du risque, vous devez en quantifier l'ampleur. Faites la somme des risques identifiés puis esquissez quelques scénarios (un chiffrier vous y aidera au besoin).
La devise que vous utilisez le plus souvent constitue une composante importante du risque de change. Le dollar US entre dans le risque de crédit de nombreuses sociétés canadiennes en raison de la proximité des pays et des mouvements, aussi fréquents qu'imprévisibles, qui modifient la position relative de leur monnaie.
Mais toutes les firmes canadiennes ne font pas affaire aux États-Unis seulement. Tel un importateur de vin qui travaille exclusivement avec l'Afrique du Sud ou l'Australie. Des fabricants de pièces automobiles qui ont une usine au Mexique. La monnaie de ces pays fluctue par rapport au dollar canadien et par rapport à chacune d'entre elles.
Les questions à se poser : Quels sont les pertes ou gains éventuels si le dollar canadien grimpe de quelques cents dans les prochains mois ? Qu'arrive-t-il si l'autre monnaie monte de quelques cents ? Que représenteraient ces pertes (ou gains) en pourcentage du chiffre d'affaires ? En pourcentage de la marge de profit ?
Vous devrez ensuite affiner votre étude. Les pertes de change sont-elles relativement modestes ? Pouvez-vous les facturer au client par le biais d'une hausse de prix ? Qu'adviendra-t-il de votre position concurrentielle? Pouvez-vous compenser les pertes (et protéger votre marge de profit) par une diminution des frais d'exploitation ?
Étape 3 : Déterminez vos objectifs en matière de risque de change
Votre étude devrait vous amener à l'élément clé de cet exercice déterminer la place que doivent prendre les opérations de change dans la stratégie globale de l'entreprise. La grande majorité des gestionnaires ne spéculent pas sur les monnaies. Ils cherchent plutôt à contrer ou à atténuer les risques. Se protéger contre les effets d'une éventuelle fluctuation du taux de change constitue une opération de «couverture». La plupart des stratégies de change partagent cet objectif gérer les fluctuations.
Naturellement, certains y verront un moyen d'augmenter les bénéfices par le biais d'une approche professionnelle et dynamique du marché des changes. De telles stratégies sont efficaces uniquement dans certains cas. Par exemple, lorsque les activités principales de l'entreprise requièrent déjà des stratégies de gestion des marchés financiers ou font appel à des considérations risque-bénéfice.
Que vous cherchiez à spéculer ou à vous couvrir et quel que soit votre secteur d'activités, il n'y a pas de remède miracle au risque de change. En définitive, vos objectifs dépendront de facteurs tels que :
- l'ampleur du risque pour votre entreprise ;
- la ou les monnaies dans laquelle ou lesquelles vous commercez ;
- votre secteur d'activités ;
- votre conception des affaires et du risque ;
- votre connaissance et votre expérience des marchés et des instruments financiers ; et
- votre degré de contrôle sur la gestion financière de l'entreprise.
Quand vous aurez déterminé les objectifs de votre stratégie de gestion du risque de change, mettez vos idées par écrit et intégrez le document à votre plan d'affaires.
Étape 4 : Mettez en uvre votre plan de gestion du risque de change
Dès que votre plan sera prêt, les spécialistes de la Banque Royale pourront vous aider à choisir et à concevoir les instruments qui vous aideront à en faire une réussite. De tels instruments ont des buts différents et un point commun ils consistent à acheter ou à vendre une devise à un cours déterminé (vous trouverez des exemples à la page 4 dans l'encadré Instruments de change).
Après avoir identifié, quantifié et évalué les caractéristiques du risque de change que court votre entreprise, vous devrez choisir les produits qui correspondent le mieux à vos besoins. À ce stade, un spécialiste des opérations de change de la Banque Royale pourra vous aider à déployer votre stratégie en adaptant et en concevant les instruments qui vous procureront un maximum d'avantages.
Étape 5 : Assurez un suivi et vérifiez l'efficacité de votre stratégie
Une stratégie de gestion du risque de change n'est guère utile quand elle n'atteint pas la cible. Vous devriez suivre le rendement de chaque instrument de couverture et faire des comparaisons avec ceux que vous n'avez pas retenus. Avec le temps, vous disposerez d'une masse d'information qui vous dira si votre stratégie fonctionne et, le cas échéant, vous indiquera ce que vous épargnez.
La Banque Royale peut vous aider
Chaque jour, des entreprises canadiennes comme la vôtre découvrent les réalités de la mondialisation des marchés et les problèmes de change qui en découlent. Entre-temps, l'interdépendance des économies nationales rend le mouvement des devises moins prévisible que jamais.
Ces tendances exposent les entreprises canadiennes de toute taille au risque de change. La Banque Royale peut vous aider, vous et votre entreprise, à concevoir une stratégie efficace de gestion des risques. La Banque Royale dispose d'une panoplie impressionnante d'instruments financiers et a l'expérience nécessaire pour vous aider à mettre en uvre votre stratégie de gestion du risque de change.
Pour en savoir plus sur les stratégies de gestion du risque de change et sur ce que nous pouvons faire pour aider votre entreprise, communiquez sans tarder avec un directeur de comptes, Services aux entreprises, Banque Royale.
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